A la rencontre d’une génération #moi

Après la génération X, bienvenue au Y. Ils ont à peine 25-30 ans, sont dans les profils marketing des « digital natives » ou encore dans un langage proche du sms, des enfants du web, du smartphone et autre tablette électronique. Leur vie est postée au quotidien sur et dans la toile ; leurs visages affichés régulièrement en « selfie » que les plus vieux semblent découvrir aujourd’hui et les réseaux sociaux une cantine où ils se nourrissent, font leurs courses et exhibent même parfois leur utopie pour un monde meilleur. Pourtant, rarement une génération n’a suscité autant d’interrogations. Les Y ou encore les « millénaires » sont nés entre 1980 et 2000 et n’en finissent pas de passionner chercheurs et journalistes. Certains les voient comme des narcissiques parce qu’on a ruiné leur génération entière et qu’ils n’ont rien de mieux à faire que de flemmarder et d’aller sur Tumblr ou tout autre « lolcast ». pour premier décodage de vocabulaire Y, les lolcast sont ces blogs plus ou moins grands qui diffusent tout et rien mais dans la bonne humeur d’où le lol ( acronyme de l’expression anglaise «  Laughing Out Loud ».

On a piétiné leurs droits, coulé l’économie et détruit la planète à notre avantage–mais on exige qu’ils paient la facture. Pourtant je ne suis pas le seul à penser qu’en les regardant, en les écoutant nous aurions à apprendre d’eux. Notamment dans la justesse de leur cynisme, leur décorticage immédiat des règles qui bordent notre quotidien, des lois aujourd’hui obsolètes qui nous servent toujours d’étalon et de tables. Notre engagement est aussi désormais, de notre responsabilité que de changer le monde et ses frontières visibles et invisibles. Les jeunes d’aujourd’hui ont moins peur des problèmes sociaux que les générations précédentes. Ils sont aussi plus cyniques et font moins confiance. Par ailleurs, les jeunes d’aujourd’hui ont plus d’attente en ce qui concerne leurs études que les générations précédentes. Ils ont prouvé récemment qu’ils savent aussi s’engager pour des causes entières. Celles qui mènent vraiment à l’affrontement. Alors qui sont ces paresseux narcissiques qui ne pensent qu’à eux, qui n’ont de cesse que de se textoter à quelques mètres l’un de l’autre, qui n’ont plus d’appêtit pour l’effort, qui sont capables de passer quatre heures en moyenne au téléphone, qui se photographie sans cesse et qui pourtant… sont assez mûrs pour soulever ensemble des montagnes ? La nouvelle génération n’a absolument pas envie de reprendre le flambeau, tout du moins pas comme ça, pas en suivant notre exemple et s’il y a une fuite dans le plafond de la planète, s’ils doivent mettre un sceau en dessous, ils le feront à leur manière, avec leur instinct.

Serions-nous à l’aube d’un « renversement anthropologique » pour décrire le fossé qui sépare les jeunes de leurs aînés. Selon Jocelyn Lachance, socioanthropologue et chercheur à l’INRS, à Montréal, la culture numérique a chamboulé pour de bon les relations de pouvoir. « Les choses changent tellement vite que les jeunes sont plus au fait de certaines tendances que les vieux. On ne parle pas seulement des objets technologiques, mais des codes de la société. Cela transforme le rapport de force. Dans les familles désormais le savoir, la transmission à sens unique est devenu impensable et la soumission inconditionnelle des jeunes est impossible. Ceux qui soufflent leurs 18 bougies en 2015 n’ont pas souvenir d’un monde sans Google ni textos ; ils ont vécu leur puberté sur facebook et youtube. La techno c’est leur langue maternelle.

Le respect du chef ‘’parce que c’est lui le chef’’ qui allait de soi pour les boomers, oublions ça. Cette notion est insupportable aux yeux des jeunes de l’ère 2.0. Ils ont grandi avec l’idée qu’ils pouvaient tout négocier. Pour eux, c’est un fonctionnement normal avec les figures d’autorité classiques. Pas étonnant qu’ils le reproduisent à l’extérieur de la famille. Et c’est peut être là notre chance : ils ne sont pas comme nous. Sur Internet, les hiérarchies émergent de l’interaction des membres. Quelqu’un acquiert un ascendant naturel parce qu’il est plus utile à l’évolution de la collectivité. Pour les jeunes, l’autorité est de moins en moins statutaire. C’est plutôt : « est-ce que mon gestionnaire est utile ? », « est-ce qu’il m’aide dans mon parcours professionnel ? »  S’il est utile j’ai du respect pour lui. Sinon je n’en ai aucun.

On les dit volages, butinant d’un contrat à l’autre au gré de leur fantaisie. Ils seraient en fait parfaitement adaptés aux turbulences d’un contexte économique instable, où des pays menacent de s’écrouler, où l’on prédit la fonte des caisses de retraite et la ruine de l’État-providence, où plus rien n’est garanti. On est dans un système productif qui valorise ce qui change et les personnes qui permettent le changement. Ils n’ont pas un horizon à long terme de leur carrière. Ils sont dans une logique de transaction. Qu’est-ce que j’ai à gagner là dedans ? Alors, devrait-‐on la surnommer génération P, pour précaire ? À leurs yeux, quitter un emploi, faire des expériences diversifiées, ce n’est pas de la précarité. C’est une sorte de liberté. Les jeunes, en somme, sont devenus des « entrepreneurs d’eux‐mêmes ».

Placer quelqu’un sur un trône pour les diriger, très peu pour les enfants du siècle 2.0. D’autres avant eux ont rêvé d’une société autogérée qui évolue en marge des hiérarchies traditionnelles. Mais les jeunes disposent aujourd’hui de moyens mille fois plus puissants que les hippies des années 70. Par l’intermédiaire des Twitter et Facebook de ce monde, ils peuvent se connecter par milliers, instantanément, sans leader pour donner le mot d’ordre. Leur premier pied dans le réel, le second dans le virtuel. Ils sont impressionnants. Les réseaux sociaux permettent à une grande masse de personnes de s’auto-organiser, indépendamment des grands partis, des grandes associations, des médias. L’individu est en permanence en mesure de se coordonner avec d’autres. Ca lui donne une puissance qu’il n’avait pas auparavant. Avec une telle capacité d’influence, une telle rapidité de réaction, pas étonnant que la démocratie traditionnelle perde du lustre auprès des jeunes. « C’est de plus en plus difficile de les convaincre d’épouser en bloc une idéologie, un parti, un syndicat », constate Sandra Rodriguez, doctorante en sociologie et spécialiste de l’engagement à l’ère du numérique. Ils préfèrent choisir à la carte les valeurs qui leur conviennent, au moment qui les arrange. Il n’y aura pas de retour en arrière. Cette cohorte indocile ne sera pas la spectatrice muette des décisions que les ‘’vieux’’ voudront prendre pour son bien, prédisent certains penseurs. Leurs faiblesses d’aujourd’hui sont leurs forces de demain. Ils vont plus vite et ont enfin compris que l’argent et le pouvoir n’est pas un tout.

Alors qu’attendons-nous pour les aider ? Pour prendre nous aussi, enfin, notre rôle de transmetteur.

 

Imaginons maintenant, que nous laissions la génération la plus jeune encore nous proposer sa vision du monde de demain…

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