« On peut braver les lois humaines, mais non résister aux lois naturelles. » (1869) Jules Verne

« Sans lui, notre siècle serait stupide » disait René Barjavel, l’un des innombrables disciples du célèbre auteur Jules Verne. Les grandes avancées scientifiques, qui ne prennent aucunement la place de l’imaginaire, sont au cœur de ses romans. « Voyage au centre de la terre » en 1864,  « De la terre à la lune » en 1865, « Vingt mille lieues sous les mers » en 1869 entre autres, sont autant des succès de librairie que des chefs-d’oeuvre de littérature d’anticipation.   Alors que dirait-il aujourd’hui ? Qu’écrirait-il sur notre époque ?

Si le Japon, les Etats-Unis et la France sont les trois premiers pays les plus innovants du monde, c’est Londres, Amsterdam et Stockholm qui sont les capitales les plus ouvertes aux start-up devant Paris et Berlin. La France reste en tête avec 24,1% en proportion de fonds publics investi dans le capital-risque devant le Royaume-Uni et l’Allemagne mais n’est pourtant absolument pas à la hauteur de ce à quoi nous pourrions prétendre. La totalité des sommes investies chaque année dans l’hexagone en capital-risque dépasse péniblement le milliard et demi quand les Etats-Unis dépensent, eux, 50 milliards. Cependant, notre pays dispose d’un vivier remarquable de start-up et Paris par exemple, abrite l’un des plus grands incubateurs d’Europe. Nos sociétés brillent dans la robotique, l’équipement médical et les algorithmes.

Alors Cocorico ou devons-nous craindre prochainement, voire très prochainement notre futur, qu’il soit français, européen ou tout simplement universel ? Depuis quelques mois et entre initiés pour l’instant, une loi fait couler beaucoup d’encres et de réflexions : La loi du Retour Accéléré.

 « Les « Lois de » sont des objets empiriques mais au demeurant scientifiques, qui permettent de théoriser des concepts. La loi de Moore la plus connue (car il y en a en fait 3) postule ainsi, que tous les 18 mois, le nombre de transistors dans les microprocesseurs doublent. Et depuis près de 50 ans, cette loi ne se dément pas.

Ray Kurzweil, le « Grand Manitou du Futur » chez Google a ainsi récemment postulé une loi, celle du « retour accéléré ». Celui-ci étend en fait, la loi de Moore en l’incorporant dans sa propre loi : il valide cette dernière et postule que les conséquences sont elles même exponentielles. Par exemple, l’informatique s’est développée de manière exponentielle. La biologie a bénéficié de l’informatique « à plein rendement », et donc se développe également de façon exponentielle. Ainsi, si l’on prend le tout premier séquençage de l’ADN (dont on pensait encore en 1985 qu’il serait impossible), il aura coûté 3 milliards de dollars, sollicité 20 000 chercheurs et duré 13 ans pour aboutir en 2003. En 2007, nous étions déjà à 1,5 million de dollars et nous sommes désormais sous les 1000 dollars en 2013. Il n’y a pas de raison de croire que nous ne serons pas sous les 5 dollars dans un avenir proche ». Dixit Vincent Pinte Deregnaucourt (http://www.atlantico.fr/decryptage/loi-retour-accelere-theorie-vertigineuse-futurologue-google-qui-jamais-eu-tort-2171512.html)

Nanotechnologie, biologie, génétique, robotique et intelligence artificielle dans un énorme effet de boule de neige devraient en 2045 selon Kurt Kurweill (et autant dire que beaucoup d’entre nous connaitrons cette époque…), permettre aux machines contenant des éléments vivants d’être aussi intelligentes que vous et moi. En 2020, les prédictions avancent que 92% des organes transplantés seront en impression 3D, que le chiffre d’affaires du marché de l’intelligence artificielle sera passé de 420 millions en 2016 à 5 milliards. Autres chiffres, réducteurs ceux-ci : les bénéfices tirés des objets connectés en France d’ici 2020, auront permis -20% d’accidents de la route, -5 heures de travail domestique et 1,2 milliard d’euros d’économie d’énergie. Quant à la vente de véhicules connectés entre 2016 et 2020, elle devrait croître annuellement de 34%.

Une petite faim ? Bienvenue à la machine qui imprime déjà en 3D votre repas du jour. Si la Nasa a planché sur le pressage de pizzas dans l’espace pour ses astronautes, la société Barcelonaise « Natural Machines » a créé la première imprimante 3D capable de cuisiner n’importe quel aliment. Une preuve ? L’un des grands chefs catalan, Oscar Manresa l’a testé pour un dessert illustrant Barcelone : la tour en chocolat. Et selon lui, il est impossible de faire à la main des traits aussi fins. Demain, aux côtés de vos dosettes de cafés vous trouverez certainement des cartouches pour imprimer un repas à base de légumes, et peut-être même votre pâtisserie favorite. Une fois que le fichier est transmis à l’imprimante, la machine dépose les aliments par couches successives pour concevoir un dessin en chocolat, un objet en sucre, un chewing-gum ou une pizza.

Je n’évoquerai pas les steaks de synthèses ni les légumes et céréales mutants, décuplés depuis plus de cinquante ans à grands coups d’hybridations et d’OGM, non je ne les évoquerai pas.  Je veux me sentir bien et toujours plus en sécurité.

Ceci dit, accepterez-vous, tout comme moi, d’être toujours plus surveillé pour être toujours plus en sécurité sur terre, en mer, dans les airs et même ailleurs encore… Et si les policiers et les sauveteurs de demain voyaient leurs capacités décuplées ? Drones, caméras thermiques, puces GPS et autres capteurs intelligents deviennent déjà la panacée pour contrôler le moindre mouvement. Ouste l’eau ou les gaz lacrymogènes, les manifestants de demain s’éparpilleront à coup de canon à micro-ondes. Fini le 90 E de Pamela Anderson, c’est quatre fois plus rapide et muni de ses 4 à 8 hélices et de ses 3 bouées, que le drone maître-nageur viendra vous secourir dans un rayon d’action de 4,5 kilomètres. L’appareil peut aussi intervenir sur les naufrages de bateaux et équipé de caméra géothermique est capable de secourir dans la pénombre.

Vous pourrez alors, via votre application smartphone (car il est désormais rendu étanche), retirer de sa station comme celle de votre Vélib’ parisien, le nouveau tricycle Persuasive Electric Vehicle (PEV) qui doté d’une fonction autonome, peut venir jusqu’à vous, sans personne au guidon, là où le drone vous a abandonné. Et si l’envie de quelques courses se fait sentir, pas de panique, l’engin se transforme en triporteur pour assurer tout seul grâce à son GPS et ses capteurs intelligents. Rien à voir avec l’Hyperloop qui vient de vous rapprocher de paris grâce à sa capsule en aluminium posée sur des coussins d’air pressurisés qui file à plus de 1000 km/h. La famille avec vous peut embarquer car c’est toute les deux minutes que la trentaine de passagers va avoir la joie de profiter d’un Marseille-Paris en 40 minutes, puis d’un Paris-Lille en 12 minutes ou d’un Paris-Strasbourg en 30 minutes.

Je ne parlerai pas du patron de Virgin, Richard Bronson qui comme cette compagnie américaine World View Enterprises, souhaite emmener le touriste que vous êtes dans l’espace.

Non, revenons à notre quotidien. Aux bornes wifi qui vont sans tarder faire figure d’antiquité. Plus rapide, plus performant que tous les réseaux actuels, voici venu le temps du Li-Fi. Entendez Light Fidelity. Cette technologie de communication sans fil n’utilise plus les ondes, mais la lumière d’ampoules LED. Installé sur les réverbères ou les abribus, c’est un flux dix fois plus rapide qui vous débordera. Selon le Markets&Markets, ce ne sont pas moins de 25 milliards de points LI-FI qui devraient être installés dans le monde d’ici 2025. Demain quoi…

Les touristes visiteront notre si belle capitale en réalité augmentée. Oreillettes reliées à internet fournissant les infos pratiques dans leur langue. Lunettes connectées miniaturisées sur le nez, ils pourront même contempler la tour Eiffel sans y mettre les pieds. Nos valises Cowa Robot mise au point par une start up de Shangaï se déplaceront toutes seules et nous suivrons grâce à un capteur intégré dans notre smartphone puis pourra à notre guise et selon l’humeur de nos jambes, se transformer en siège. Attendez encore un peu, la commercialisation grand public est prévue pour 2025.

Robots…et ils garderont nos enfants. Ces prochains robots humanoïdes qui progressent à une vitesse folle, avec le développement de l’intelligence artificielle. Place aux émotions, à la parole et à l’exécution de milliers d’ordres différents. Excellents gardes-malades, baby-sitters. Bonne nouvelle, la France possède plusieurs sociétés placées sur ce créneau. Nos adolescents qui eux, n’ont plus besoin d’être gardés, se rendront à leur rendez-vous en skate board volant. Des skateparks aménagés avec des aimants au sol leur permettront de surfer grâce à la force magnétique. Nike a même prévu une paire de baskets volantes pour 2035.

Quand à nos vêtements, nos prochains costumes seront autonettoyants. Comment ? En insérant des nanoparticules d’argent et de cuivre dans le tissu à l’instar d’un résultat étonnant provenant d’une université de Melbourne. La réaction chimique se produit à la lumière et poussières et tâches sont éliminées. Le britanique Fabrican, nous promet un spray qui fabrique… des vêtements. L’aérosol serait capable de créer nos futurs vêtements, rempli de fibres de coton, de polymères et de dissolvant, le liquide dispersé se transforme en tissu au contact de l’air. Et je passe rapidement sur les parapluies sans baleines de Kickstarter, où c’est l’air propulsé par une simple tige percée de multiples trous, qui évacuera l’eau sur les côtés. Plus de risque de voir notre toit emporté par le vent.

Espérons maintenant. La cop21 étant passée par là, il semble que notre empreinte carbone et nos factures liées à l’énergie vont radicalement diminuer. Abres éoliens, cellules solaires qui marchent même sous les nuages, superbatteries dans nos maisons… Imaginez une cellule solaire qui produit de l’énergie en s’inspirant de la photosynthèse pour 2 fois moins cher qu’une cellule photovoltaïque, qui s’intègre à des supports souples et fonctionne sans ensoleillement direct. Le suisse Michael Grätzel vient de lui donner vie et la peaufine en ce moment même afin d’augmenter son rendement et d’inonder bientôt le marché. Tout comme le Smartflower ou tournesol solaire qui baisse des prix aidant, devrait bientôt suivre le soleil dans votre jardin, assurant 40% de rendement supérieur par rapport à un panneau fixe. Terminé piles et batteries, place au microgénérateur. C’est l’idée de la start up grenobloise EnerBee qui a mis au point un microgénérateur qui utilise des petits mouvements, lents et rapides pour produire et stocker de l’énergie.

Mais encore plus vertigineux, notre santé. Des nanorobots qui débouchent nos artères, des gélules connectées qui veillent sur nous…de l’intérieur ou encore un pancréas artificiel pour soulager du diabète. Autant de thérapies cellulaires et nanotechnologies qui vont remplacer peu à peu les médicaments moléculaires et leurs effets secondaires. Commercialisation dans les centres de soins prévue pour 2017, un exosquellete permettant à une personne handicapée de marcher. Animé par trois moteurs et piloté par un algorithme de robotique dynamique, cet exosquellette est surdoué. Il fonctionne comme un Segway et on le doit à une start up française créée par trois jeunes polytechniciens collaborant avec le Laas de Toulouse, Mines Paris Tech et l’université du Michigan. Des cabines de diagnostic où nous pourrons effectuer un certain nombre de mesures comme relever sa tension, faire un examen ORL ou réaliser un électro-cardiogramme permettront au médecin avec qui vous êtes en dialogue via le système vidéo interactif de calmer vos angoisses et d’y remédier en vous dirigeant si besoin vers un spécialiste proche de vous. Bien entendu, tout sera conservé dans votre dossier médical numérique consultable en permanence.

Bref, demain c’est aujourd’hui.

Je ne peux que vous engager à lire ce dossier « spécial inventions » que nous livre le magazine Capital du mois d’Aout, il a perturbé mes jours de vacances, moi qui croyait être à la page, j’ai soudain compris que plusieurs venaient d’être tournées d’un seul coup.

 

Jean-Marc Gabon de Peretti

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