Où allons-nous?

En 2015, nous profitions des 13,5 milliards d’objets connectés. Vous en avez peut-être même offert à Noël ou reçu en cadeau. Chaque minute sur internet, ce sont 4 millions de recherches sur le moteur Google. 2,46 millions de contenus échangés sur facebook. 347 222 photos partagées sur instagram. 277 000 tweets envoyés, l’équivalent de 72 heures de vidéos téléchargées sur Youtube. 204 millions d’e-mails envoyés dont près de 80% sont des spams, mais aussi 345 cyberattaques dans le monde et tout cela chaque minute. Oui, tout cela en 60 secondes. Juste le temps de dire ouf…

Un grand ouf alors avant de repartir en apnée. En effet, demain des milliards d’objets seront connectés au réseau. Autant de portes d’entrées pour les hackers. Et même si nos smartphones, nos Pc et autres macbook air…nos automobiles, nos montres, nos compteurs électriques, nos systèmes antivols, notre carte bleue sans contact, nos moyens de transport via wifi et bluethooth sont un enjeu de taille pour la sécurité, la notre, celle de notre entreprise, de notre maison ; l’enjeu est encore plus énorme lorsque l’on s’attarde sur les datas. Vous savez, ces fameux big data.

Age, Religion, profession, achats, loisirs… Les traces que nous laissons en ligne par nos modes de vie numérique sont une mine d’or pour les régies publicitaires. Pour exemple, grâce au ciblage de ses membres, facebook devrait encaisser plus de 16 milliards d’euros de recettes de publicité en 2015. Une entreprise qui recherche des potentiels clients déboursera entre 0,01 centime et 5 euros par profil. Comptez 0,08 centimes d’euros pour une femme enceinte de six mois et 0,19 centimes d’euros en moyenne pour une personne atteinte d’un problème de santé spécifique. Mais dès que l’on passe de la location de fichiers des « data brokers » à des entreprises ayant fondé leur business model sur les données personnelles : Facebook ou Google pour ne citer qu’eux, nos profils ont une valeur bien plus élevée, entre 1 et 10 euros.

Liberté, égalité, fraternité résonnent encore à mes oreilles mais notre cinquième…république je veux dire, ne serait-elle pas un peu malmenée ces derniers temps par tous ces flux numériques, ces réseaux plus ou moins sociaux ? En février, elle est convoquée par sa direction. Hélène 34 ans et 5 ans de maison, tombe de sa chaise à l’annonce de son licenciement immédiat pour faute lourde : « pourquoi à 8 heures je suis motivée pour aller bosser et qu’à 9 heures j’ai envie de partir en courant » dixit le post qu’elle a déposé quelques jours auparavant sur sa page personnelle facebook, qu’elle avait pourtant protégé pensait-elle. La justice ne lui a pas donné raison. Retour à la case maison sans rien prendre, si peut être une leçon numérique. Idem pour cette jeune fille de 15 ans qui via snapchat vient de voir ses photos dénudées livrées en pâture par son ex meilleure amie jalouse de son trop plein d’assurance.

L’excès de franchise coûte de nos jours très, voire beaucoup trop cher.            Alors où allons-nous ?

« Changer le monde ou rentrez à la maison » criait Bill Gates. Le changer, voilà un des moteurs de la réflexion de nos chercheurs en matière d’intelligence artificielle. L’émotion, et la conscience, apparaissent comme des éléments essentiels pour fabriquer une machine à l’image de l’être humain. Mais elles font aussi partie des plus difficiles à conceptualiser. A défaut d’être capables de ressentir, les machines peuvent néanmoins simuler, en apparence, des émotions et une conscience : c’est sur ce sujet que se concentrent aujourd’hui les chercheurs en intelligence artificielle ; un domaine de recherche intitulé « informatique affective ». Catherine Pelachaud, Directrice de recherche au CNRS et à Télécom-ParisTech, fabrique depuis des années des « agents conversationnels », sortes d’avatars capables de discuter avec des êtres humains. Son champ de recherche concerne plus précisément les « comportements non verbaux », soit les signes extérieurs d’émotion transmis par l’avatar. « La machine ne ressent pas, mais elle peut transmettre, souligne la chercheuse. Le ressenti est du domaine de l’homme, et ça doit le rester. Une machine est là pour  pallier des besoins. Pour cela, la simulation peut suffire. »

Et afficher une émotion est moins simple qu’il n’y paraît. « Ça peut aller jusqu’à des micro-expressions. Il y a plusieurs types de sourires : si vous pincez les lèvres, si vous plissez les yeux, cela aura différentes significations », explique Catherine Pelachaud. La chercheuse en psychologie Sylwia Hyniewska a observé, par exemple, grâce à une expérience, que les propos de personnes incapables de soulever la partie externe de leurs sourcils étaient considérés par leurs interlocuteurs comme moins pertinents. Malgré les avancées dans le domaine de l’informatique affective, on est encore bien loin des prédictions de Ray Kurzweil, le « pape » du transhumanisme embauché par Google en 2012. Dans un entretien au magazine américain Wired en avril 2013, il prévoit qu’en 2029, des programmes seront capables « d’intelligence émotionnelle, d’être drôles, de comprendre des blagues, d’être sexy, aimants et de comprendre l’émotion humaine. C’est ce qui sépare les ordinateurs et les humains aujourd’hui. Je crois que ce fossé va se refermer d’ici 2029 » précise-t-il.

 

Alors quels sont les dangers de cette intelligence artificielle ? Le film Terminator réalisé par James Cameron, sorti en 1984, aurait-il un goût de réel anticipation ? Je vois déjà Arnold frapper à la porte de mon bureau…non, je n’ouvre pas. C’est la vieille angoisse du remplacement des activités humaines par des agents robotiques. C’est un problème qui torturait déjà les adeptes de ned Ludd au début du XIXe siècle. Il s’est fait connaître par la destruction organisée des machines (à tisser notamment) qui, selon lui et ses acolytes, remplaçaient peu à peu les ouvriers humains et ainsi les jetaient au chômage. Les Luddites, qui ont combattu la progression du travail mécanique autour des années 1810, se sont baptisés en son nom et envoyaient des lettres de menaces signées de ce mystérieux « Général Ludd ». Mais cette crainte augmente désormais de jour en jour avec la croissance de la puissance des algorithmes. L’autre grande peur, notamment à travers l’article de Stephen Hawking et de ses collègues, est celle du risque existentiel  : autrement dit, la possibilité que l’intelligence artificielle mette tout simplement fin à l’existence de l’humanité.

Après la théorie du complot, place à celle de l’explosion de l’intelligence. Il est avancé qu’une intelligence légèrement supérieure à celle des humains apparaîtra un jour, par accident ou de manière délibérée. A partir de ce moment, celle-ci aura les moyens de créer une « intelligence 2.0 » plus efficace et plus rapide. A son tour, celle-ci se mettra à jour dans une version 3.0, encore plus puissante ; et ainsi de suite. Les cycles de calcul étant de plus en plus courts à mesure de chaque « update », il pourrait ne se passer que quelques minutes entre la version 1.0 et la version 100, qui serait à notre intellect ce que nous sommes à celui d’un cafard. A noter que cette théorie de « l’explosion de l’intelligence », comme l’a nommée son créateur, Irving John Good, se retrouve mentionnée dans l’article du Huffington Post, et est donc prise tout à fait au sérieux par Max Tegmark (cosmologiste suédois de renom et Stephen Hawking que l’on ne présente plus…

On peut être très sceptique sur une intelligence artificielle qui serait capable de développer un « module social » sans jamais avoir eu à éprouver aucune empathie et sans éprouver la moindre intelligence sociale au démarrage.

D’un autre côté, si la première super intelligence n’est pas le pur produit d’un programme informatique, mais se trouve basée sur un cerveau humain « uploadé », une personne dont la personnalité aurait été transférée sur un support informatique. On pourrait alors supposer qu’elle conserverait avec elle le souvenir des rapports sociaux (et ses motivations resteraient probablement humaines et donc compréhensibles, en tout cas les premières minutes. Tim O’ Reilly, auteur et éditeur d’ouvrage informatique, n’oppose pas de manière si radicale intelligence artificielle et humaine : « Peut-être que les humains sont le microbiome (microflore, c’est-à-dire l’espèce qui prédomine et/ou est durablement adaptée à la surface et à l’intérieur d’un organisme vivant), existant dans les entrailles d’une intelligence artificielle en train de naître.  Il est maintenant reconnu que sans notre microbiome, nous cesserions de vivre. Peut-être que l’intelligence artificielle mondiale possède-t-elle les mêmes caractéristiques – elle n’est pas une entité indépendante, mais le produit d’une symbiose avec les consciences humaines qui y vivent.

Suivant cette logique, on pourrait conclure qu’il existe déjà un cerveau global primitif, composé non seulement de tous les appareils connectés, mais aussi de tous les humains connectés utilisant ces systèmes. Les sens de ce cerveau global sont les caméras, microphones, claviers, capteurs de position de chaque ordinateur, chaque smartphone, et chaque dispositif de l’internet des objets ; les pensées de ce cerveau global sont la sortie collective émergeant des contributions de millions de cellules individuelles. » dixit Tim.

Je n’aborderai pas l’imprimante 3D, les lunettes en réalité augmentée ni le clonage de cellules souches embryonnaires humaines créées par des chercheurs américains le 15 mai 2013, je terminerai ce début de réflexion par un retour aux origines. Le jardin d’Eden, Eve, Adam et sa pomme…puis l’équipe et son manager.

Les qualités requises pour diriger une équipe de travail ont évolué. De l’ère du pouvoir technique , incarnée par les ingénieurs, nous sommes passés à celle de la gestion influencée par les économistes et les financiers ; mais apparaît aujourd’hui la troisième dimension du management qui met l’accent sur l’aptitude à communiquer ; à modéliser et à conduire le changement. Cette nouvelle dimension implique que les responsables, acquièrent des connaissances plus sérieuses sur les mécanismes humains et la psychologie de la relation et qu’ils se dotent de solides savoir-faire dans les pratiques de la négociation, la mobilisation et la résolution des problèmes complexe. L’efficacité des managers dépendra de plus en plus de leur capacité stratégique de composer avec autrui, de faire face aux désaccords et aux résistances, de motiver des personnes sur un projet et de promouvoir les changements nécessaires. A méditer cette citation de l’anthropologue Carlos Castaneda qui cite sa propre expérience et la remarque de son maître : « Tu ne sais voir que des choses que tu sais expliquer, aussi, si tu renonçais à l’explication, tu commencerais enfin à voir »…

 

 

 

 

Sources : Le monde. Rue89-L’Obs. Neon. Capital. et moi aussi quand même.

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