Et si la stratégie de l’Océan Bleu était de s’accepter tel que l’on est ?

Un cadre passe généralement 10% de son temps en entreprise à créer le futur et 90% à gérer les affaires courantes. Vous connaissez certainement le livre « Blue Ocean Strategy » dictés par les professeurs W. Chan Kim et Renée Mauborgne qui expliquent une préférence. Celle pour l’entreprise d’éviter la confrontation directe avec ses concurrents, alors nommée « océan rouge », pour explorer des marchés encore vierges (ce fameux Océan Bleu).

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L’objectif de ce post n’est pas d’émettre un quelconque jugement sur cette stratégie envisagée mais de la confronter à une vision simple : l’entreprise et l’individu fonctionnent de concert et peuvent avoir les mêmes préoccupations professionnelles.

J’ai le sentiment (et ce sentiment est partagé par Cyril Bouquet professeur de stratégie à l’IMD de Lausanne) qu’une entreprise doit la plupart du temps répondre à des impératifs qui se concurrencent :

–      Elle se doit de fonctionner avec efficacité

–      Elle se doit de créer de nouvelles activités répondant aux opportunités

–      Elle se doit de se défaire de ce qui fut en son cœur mais qui la pénalise désormais dans son ambition de croissance

Serions-nous en tant qu’individu si éloigné de ce constat ? Travailler avec efficacité tout en étant à l’écoute d’opportunités d’un marché, d’un poste, d’une mission ou d’un nouveau projet et pourquoi pas même, d’une tendance. Cela comme l’entreprise dans un souci permanent de rester dans la compétition, en tant que professionnel. Alors quel est le rapport entre l’océan bleu des professeurs W.Chan Kim, Renée Mauborgne et cette triple contrainte d’obligation de résultat? Je dirai que c’est l’importance de rester soi-même.

Autant pour l’individu que pour l’entreprise, l’importance s’il est de rechercher des territoires inexplorés pour sortir de la concurrence et être différenciant, cela revient assez souvent, comme le dit très justement Frédéric Fréry (professeur à ESCP Europe et l’Ecole Centrale de Paris), à déplacer le jeu concurrentiel plutôt qu’à s’en extraire. Cela s’applique à l’entreprise sur les notions de marchés et d’activités concurrentes mais cela s’applique dans le même temps aux individus que nous sommes. Nous cherchons pour la plupart à « faire la différence ». Les heures passées pour certains sur la conception de leur curriculum vitae en est un exemple étonnant. Nous cherchons tellement à être unique que nous oublions que nous le sommes. Certains pensant qu’il est si prétentieux d’employer ce terme comme qualificatif de ce qu’ils sont et d’autres confondant unique et hors norme.

Tout comme ce cadre qui passe 90% de son temps à gérer les affaires courantes et le reste de son temps précieux à créer l’avenir, nous nous focalisons généralement sur un court terme séducteur qui comme l’océan bleu devrait plutôt faire écho à notre propre couleur. Si pour l’entreprise cherchant son océan bleu, il serait plus pertinent de s’installer là où aucun de ses concurrents n’aura envie d’aller, le constat est identique pour l’individu que nous sommes. Et ce terrain, cet océan où aucun n’aura envie d’aller et ne pourra aller, c’est ce qui nous fait. Notre naturel, notre capacité à être nous-même avec élan et conviction. Notre personnalité, notre caractère, nos valeurs et notre histoire avant même nos compétences et la liste parfois impressionnante des diplômes obtenus et entreprises fréquentées.

Alors soyons créatifs et recentrons-nous sur ce futur qui peut être le nôtre, sur ces 10% que nous pouvons exploiter et construire autrement. L’avenir n’est pas un horizon lointain, il est dans ces petits instants du quotidien que nous pouvons prendre en compte ou pas.

Pour cela, il faut s’entraîner. Etre à l’écoute en permanence de soi et des autres, de notre environnement et nous mettre en disposition d’accueillir un système d’opportunités que nous aurons mis en place. Et en parlant de place, c’est bien là le principe. Avant d’arriver à cette compétence, car il s’agit d’une compétence que de créer sa chance et sa perspective d’avenir, il est nécessaire d’avoir trouvé sa place avec sincérité et assurance.

Mark Twain disait : « Il y a deux dates importantes dans une vie. Le jour où on est né et le jour où on comprend pourquoi ».

Et si nous commencions par nous écouter, nous entendre pour découvrir le trésor qui est en chacun de nous. Enfoui parfois, rendu invisible ou parfaitement ignoré mais un trésor pourtant bien présent. Les mots que nous prononçons, les idées, les histoires que nous développons, les émotions que nous ressentons, tout est perceptible et peut nous aider à mieux repérer ce trésor, l’identifier pour ensuite nous en servir.

Nous rapprocher de notre océan bleu, celui qui fera et fait déjà la différence avec les autres.

Une très belle illustration de cela est le concept publicitaire proposé par l’agence Buzzman pour Meetic (numéro 1 des sites de rencontres en France avec le lancement de sa campagne intitulée « Love Your Imperfections »). Ici, ce qui est mis en avant, c’est tout d’abord l’authenticité. Personne n’est parfait, et chacun apporte avec lui son petit lot de défauts…et de qualités. Et puis, pour trouver le véritable amour, existe-t-il une meilleure façon que celle de rester soi-même ?

L’idée n’est pas de copier ce modèle qui d’ailleurs ne reprend que les « imperfections » comme insight publicitaire mais la philosophie de cette proposition, celle de l’authenticité.

En acceptant les travers qui sont les nôtres au quotidien, en les questionnant quand ils sonnent à notre porte et en tentant de trouver les ajustements nécessaires. Mais encore plus, en reconnaissant la personne que nous sommes, en revisitant notre histoire, les personnes qui nous ont soutenu et qui continu à le faire. Ce club de soutien qui est le nôtre en n’importe quelle circonstance que l’on oublie si vite, trop préoccupé à construire ce réseau qui paraît-il ferait la pluie et le beau temps sur notre proche avenir.

En nous reconnectant avec ce que l’on pourrait croire être des « exceptions » nous concernant et qui pourtant nous montre le chemin d’une expérience réussie et déjà accomplie, de ces fines traces qui font notre histoire et qui aujourd’hui peuvent nous permettre d’être à nouveau auteur de notre vie.

Récemment, je parlais avec un autre professionnel de l’accompagnement d’un postulat peut être encore plus fort et plus puissant que l’objectif attribué aux pratiques narratives dans cette intention de nous rendre auteur de notre vie. Et si d’auteur de notre vie, nous faisions en sorte de la mettre en scène ?

J’aime bien cette proposition qui une fois reconnectée avec la simplicité de la personne que je suis, avec mes expériences, mes connaissances, mes échecs dépassés et réussites constatées, mets désormais en scène ma vie avec la plus grande authenticité possible.

Ne serait-ce pas là mon océan bleu, mon unicité ?

Merci et n’hésitez pas à me contacter pour échanger

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